Carnet de bord du 21 mai 2025 : En me baladant dans le quartier de Tennōji à Osaka, je suis tombé sur un lieu chargé de mémoire : le Shitennō-ji (四天王寺), considéré comme le plus ancien temple bouddhiste du Japon. Fondé en 593, il précède de plusieurs siècles les grands temples de Kyoto et de Nara. Une visite qui donne le vertige quand on réalise qu’on marche sur un site sacré vieux de plus de 1 400 ans.

L’histoire du Shitennō-ji : le temple du prince Shōtoku
Le Shitennō-ji a été fondé par le prince Shōtoku (聖徳太子), l’une des figures les plus importantes de l’histoire japonaise. Grand promoteur du bouddhisme au Japon, il fait construire ce temple en 593, pendant la période Asuka, pour honorer les Quatre Rois Célestes (Shitennō) qui l’auraient protégé lors d’une bataille décisive contre les clans opposés à la nouvelle religion.
Le temple Shitennoji n’est pas simplement un lieu de culte : c’est un symbole de l’introduction du bouddhisme au Japon. Le prince Shōtoku voulait en faire un centre spirituel, éducatif et médical — un modèle d’institution bouddhiste complète, inspiré des grands monastères du continent asiatique. C’est aussi le premier temple construit par l’État japonais, ce qui lui confère un statut unique dans l’histoire religieuse du pays.
L’architecture en garan : un plan unique au Japon
Ce qui distingue le Shitennō-ji des autres temples, c’est son plan architectural appelé configuration en garan (shitennō-ji shiki garan haichi). Les bâtiments sont alignés sur un axe sud-nord, dans un ordre très précis :
- Nandaimon (grande porte sud) : l’entrée principale du complexe
- Chūmon (porte intérieure) : passage vers l’enceinte sacrée
- Gojū no Tō (pagode à cinq étages) : la pagode d’Osaka, haute de 39 mètres, domine le site
- Kondō (pavillon principal) : abrite les statues bouddhistes
- Kōdō (salle de conférences) : où les moines étudiaient et enseignaient
Cette disposition, où chaque bâtiment est parfaitement aligné, est le plus ancien style d’agencement de temple au Japon. On le retrouve dans les temples de la période Asuka et Nara, mais le Shitennoji à Osaka en reste le modèle originel. Bien que les structures actuelles soient des reconstructions en béton (le temple a été détruit de nombreuses fois par la foudre, les typhons et les bombardements de 1945), le plan est resté fidèle à l’original de 593.

La pagode à cinq étages et le Kondō
La pagode du Shitennō-ji est impressionnante. Avec ses cinq étages et ses proportions harmonieuses, elle domine le quartier de Tennōji et se voit de loin, notamment depuis la tour Tsutenkaku dans le quartier voisin de Shinsekai. On peut monter à l’intérieur (inclus dans le billet) pour admirer les reliques bouddhistes et profiter d’une vue sur les environs.
Le Kondō, juste derrière, abrite des statues de Bouddha et des Quatre Rois Célestes. L’intérieur est sobre mais solennel. En sortant, on accède au Kōdō, la salle d’enseignement, où des panneaux explicatifs retracent l’histoire du temple et du prince Shōtoku.

Le goshuin du Shitennō-ji
Comme dans chaque temple que je visite, j’ai demandé le goshuin — ce tampon calligraphié que les moines apposent dans ton carnet de pèlerin. Celui du Shitennō-ji est particulièrement beau : les caractères sont tracés avec une énergie vigoureuse, et le sceau rouge du temple est bien marqué. C’est un souvenir tangible de cette visite hors du temps.
Le Shitennō-ji fait d’ailleurs partie du pèlerinage des 33 temples de Kansai (Saigoku Sanjūsan-sho), l’un des circuits de pèlerinage bouddhiste les plus anciens du Japon. Si tu collectionnes les goshuin comme moi, c’est une étape incontournable.

Le marché aux puces du 21 de chaque mois
Petite info que j’ai découverte sur place : chaque 21 du mois, le Shitennō-ji accueille un grand marché aux puces (Kōbō-san) dans son enceinte. Des dizaines de stands s’installent le long des allées : antiquités, kimonos vintage, vaisselle japonaise, encens, amulettes, street food… C’est une ambiance complètement différente du calme habituel du temple.
Le marché du 21 est dédié au prince Shōtoku, tandis qu’un second marché a lieu le 22 de chaque mois (le Taishi-ku). Si tu es à Osaka à ces dates, c’est un détour qui vaut le coup — tu y trouveras des souvenirs authentiques à prix doux. J’ai moi-même craqué pour un petit bol en céramique et un set d’encens. L’ambiance est conviviale, les vendeurs sont généreux en anecdotes, et les odeurs de takoyaki et de yakisoba finissent de rendre le moment irrésistible.
Comment se rendre au Shitennō-ji
Le temple Shitennoji est très facile d’accès depuis le centre d’Osaka :
- Depuis Namba : métro Midosuji Line jusqu’à Tennōji (environ 6 minutes), puis 10 minutes à pied vers le nord
- Depuis Shin-Osaka : métro Midosuji Line jusqu’à Tennōji (environ 20 minutes)
- Station la plus proche : Shitennō-ji-mae Yūhigaoka (ligne Tanimachi), à 5 minutes à pied de l’entrée sud
Le quartier de Tennōji est agréable à explorer : la tour Abeno Harukas (le plus haut gratte-ciel d’Osaka) est juste à côté, et le parc Tennōji avec son jardin japonais Keitakuen offre une pause verte bienvenue.
Infos pratiques
- Nom officiel : Shitennō-ji (四天王寺), Osaka
- Fondation : 593 — le plus ancien temple bouddhiste du Japon
- Horaires : enceinte extérieure libre / Enceinte intérieure (garan) : 8h30 – 16h30 (avril-sept.) / 8h30 – 16h00 (oct.-mars)
- Tarifs : Enceinte intérieure : 300¥ / Jardin Gokuraku-jodo : 300¥ / Trésor : 500¥
- Accès : 5 min à pied depuis Shitennō-ji-mae Yūhigaoka (ligne Tanimachi)
- Durée de visite : 45 min à 1h30
- Marché aux puces : le 21 de chaque mois
En résumé
Le Shitennō-ji n’a peut-être pas le faste doré d’un Kinkaku-ji ni la foule du Sensō-ji, mais il possède quelque chose d’unique : l’aura du commencement. C’est ici que tout a commencé pour le bouddhisme japonais, il y a plus de 14 siècles. La pagode d’Osaka, le plan en garan, l’ombre du prince Shōtoku… Tout ici respire l’histoire. Si tu es à Osaka, ne rate pas ce temple d’Osaka chargé de sens — il raconte les origines spirituelles de tout un pays.
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