Carnet de bord du 1er juillet 2025 : Après avoir descendu le chemin de la Philosophie en sens inverse, me voilà au bout du sentier, devant l’entrée du Ginkaku-ji (銀閣寺), le célèbre Pavillon d’Argent de Kyoto. Malgré son nom, ce temple n’a jamais été recouvert d’argent — et c’est justement cette sobriété qui fait tout son charme. Un lieu où la beauté réside dans le détail, le silence et l’imperfection assumée.

Ginkaku-ji, le Pavillon d'Argent à Kyoto

L’histoire du Ginkaku-ji : le pavillon qui n’a jamais brillé

Le Ginkaku-ji — officiellement nommé Jishō-ji (temple de la Miséricorde rayonnante) — a été construit en 1482 par le shōgun Ashikaga Yoshimasa, petit-fils d’Ashikaga Yoshimitsu, le fondateur du Kinkaku-ji (Pavillon d’Or). Yoshimasa voulait créer une villa de retraite qui rivaliserait avec le temple doré de son grand-père. L’intention originale était bien de recouvrir le pavillon de feuilles d’argent — d’où le surnom de Pavillon d’Argent.

Mais le projet n’a jamais abouti. La guerre d’Ōnin (1467-1477) avait ravagé Kyoto et ruiné les finances du shōgunat. Yoshimasa, plus intéressé par les arts que par la politique, se retire dans sa villa inachevée où il cultive la cérémonie du thé, l’ikebana (art floral) et la poésie. À sa mort en 1490, la villa est convertie en temple zen de l’école Rinzai, conformément à ses volontés.

Ironie de l’histoire : c’est précisément l’absence d’argent qui rend le temple Ginkakuji si beau. Le bois sombre non laqué, patiné par les siècles, dégage une élégance austère qui incarne parfaitement le concept japonais de wabi-sabi — la beauté de l’imperfection et de l’éphémère.

Kinkaku-ji vs Ginkaku-ji : or contre argent

On compare souvent les deux « pavillons » de Kyoto, et la différence est frappante :

  • Kinkaku-ji : doré, spectaculaire, ostentatoire. Il éblouit par sa splendeur.
  • Ginkaku-ji : sobre, intime, contemplatif. Il séduit par sa retenue.

Le Kinkaku-ji représente la puissance du shōgun Yoshimitsu à l’apogée de son règne. Le Pavillon d’Argent, lui, reflète la sensibilité mélancolique de Yoshimasa, un homme qui a préféré l’art à la guerre. Les deux temples racontent chacun une facette du Japon médiéval — et franchement, les visiter tous les deux le même jour est une expérience que je recommande vivement.

Le Kogetsudai et le Ginshadan : l’art du sable zen

En entrant dans l’enceinte du Ginkaku-ji, on tombe immédiatement sur deux compositions de sable qui laissent sans voix :

Le Kogetsudai est un cône de sable blanc parfaitement tronqué, haut d’environ 1,80 mètre. Son nom signifie « plate-forme face à la lune ». Selon la tradition, il serait conçu pour refléter la lumière de la lune et l’envoyer vers le pavillon. La précision géométrique de ce cône est fascinante — il est entretenu et remodelé régulièrement par les moines.

Juste à côté, le Ginshadan (« mer de sable argenté ») est une vaste étendue de sable blanc ratissé en lignes parallèles ondulantes. L’ensemble évoque les vagues du lac de l’Ouest en Chine. Quand le soleil se couche et baigne ce paysage minéral de lumière dorée, on comprend pourquoi les Japonais parlent de « mer d’argent » — les grains de sable scintillent comme de l’argent liquide.

Jardin zen et étang du Ginkaku-ji

Le jardin de mousse : plus de 100 variétés

Derrière le pavillon, le jardin de mousse du Ginkaku-ji est un véritable tapis vivant. On y recense plus de 100 variétés de mousse différentes, qui forment un camaïeu de verts allant du vert émeraude profond au vert tendre presque fluorescent. L’humidité naturelle du site, niché au pied des collines Higashiyama, crée les conditions parfaites pour ce jardin unique.

Le sentier serpente entre les mousses, les pierres et les arbres centenaires. L’étang Kinkyōchi (étang du brocart doré) reflète le pavillon et les érables environnants. Au printemps, les cerisiers ajoutent des touches rosées. En automne, les érables rouges et orangés transforment le jardin en tableau impressionniste. C’est l’un des plus beaux jardins zen de Kyoto.

Jardin de mousse du Ginkaku-ji

La promenade en hauteur : le belvédère secret

Ce que beaucoup de visiteurs ne savent pas, c’est que le parcours de visite du Ginkaku-ji monte dans la colline derrière le temple. Un sentier ombragé grimpe en lacets à travers une forêt de bambous et de cèdres, pour atteindre un belvédère qui offre une vue plongeante sur l’ensemble du complexe.

De là-haut, on embrasse du regard le pavillon, le Ginshadan, le Kogetsudai, l’étang et les jardins de mousse. Au-delà des murs du temple, c’est tout Kyoto qui s’étend jusqu’aux montagnes de l’ouest. C’est le meilleur point de vue pour photographier le temple d’Argent de Kyoto dans son écrin de verdure. Un moment de contemplation pure.

Le goshuin du Ginkaku-ji

Avant de quitter le temple, je suis passé récupérer le goshuin du Ginkaku-ji. La calligraphie est élégante, sobre — à l’image du temple lui-même. Le moine qui l’a tracé a pris son temps, chaque trait de pinceau est précis et mesuré. C’est l’un de mes goshuin préférés de tout mon voyage au Japon.

Goshuin du temple Ginkaku-ji

Infos pratiques pour visiter le Ginkaku-ji

  • Nom officiel : Jishō-ji (Ginkaku-ji / Pavillon d’Argent), Kyoto
  • Accès : bus 5, 17 ou 100 depuis Kyoto Station, arrêt Ginkaku-ji-michi (environ 30 minutes), puis 10 minutes à pied
  • Horaires : 8h30 – 17h00 (mars-novembre) / 9h00 – 16h30 (décembre-février)
  • Tarif : 500¥
  • Durée de visite : 45 minutes à 1 heure
  • Meilleure période : automne (mi-novembre) pour les érables / printemps pour les cerisiers
  • Classement : patrimoine mondial UNESCO (1994, « Monuments historiques de l’ancienne Kyoto »)

En résumé

Le Ginkaku-ji est la preuve que la beauté n’a pas besoin d’éclat pour toucher l’âme. Là où le Kinkaku-ji impressionne par son or, le Pavillon d’Argent émeut par sa retenue, ses jardins zen, ses mousses centenaires et cette lumière douce qui filtre à travers les arbres. C’est un temple qui se mérite — il faut prendre le temps de s’arrêter, d’observer, de respirer. Et quand tu redescends par le chemin de la Philosophie vers le Nanzen-ji, tu emportes avec toi quelque chose de difficile à nommer. Une sérénité, peut-être.

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