Carnet de bord, juillet 2025 : Le château de Nijō, c’est le genre d’endroit qui te rappelle que Kyoto n’a pas toujours été une ville de temples et de jardins zen. Ici, c’est le pouvoir brut des shoguns Tokugawa qui s’affiche. Un palais shogun Kyoto où chaque pièce, chaque couloir, chaque lame de plancher raconte une histoire de domination, de méfiance et d’art raffiné.

Portail Karamon du château de Nijō
Le portail Karamon à l’entrée du palais Ninomaru. L’opulence est affichée dès le premier pas.

L’histoire du château de Nijō

Le château Nijō (Nijō-jō) a été construit en 1603 sur ordre de Tokugawa Ieyasu, le premier shogun de la dynastie Tokugawa. Le message était clair : montrer à l’empereur et à la noblesse de Kyoto que le vrai pouvoir politique était désormais entre les mains du shogunat, basé à Edo (l’actuel Tokyo).

Le château a été agrandi par le troisième shogun, Tokugawa Iemitsu, en 1626, à l’occasion d’une visite impériale. C’est à cette époque que le palais Ninomaru a pris sa forme actuelle, avec ses magnifiques peintures et ses appartements somptueux. Ironie de l’histoire : c’est aussi dans ces murs que le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, a officiellement rendu le pouvoir à l’empereur en 1867, mettant fin à plus de 260 ans de règne des Tokugawa et à l’ère féodale du Japon.

En 1994, le château de Nijō a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant qu’élément des « Monuments historiques de l’ancienne Kyoto ».

Plan du château de Nijō
Le plan du complexe. Le château est bien plus vaste qu’on ne l’imagine — prévois au moins 1h30 pour tout voir.

Le palais Ninomaru : chef-d’œuvre d’architecture

Le palais Ninomaru (Ninomaru Goten) est le cœur de la visite. C’est un ensemble de six bâtiments reliés qui comptent au total 33 pièces et plus de 800 tatamis. Chaque pièce avait un rôle précis dans le protocole shogunal : salle d’attente, salle d’audience, appartements privés…

Ce qui frappe en entrant, c’est la hiérarchie des espaces. Plus tu avances dans le palais, plus les pièces deviennent somptueuses — et plus tu te rapproches du shogun. Les visiteurs et les seigneurs féodaux (daimyō) ne pouvaient pas aller au-delà de certaines salles, selon leur rang. Tout était pensé pour impressionner et rappeler qui commandait.

Les peintures de l’école Kanō

Les murs et les portes coulissantes (fusuma) du palais sont recouverts de peintures monumentales réalisées par les artistes de l’école Kanō, la plus prestigieuse école de peinture de l’époque. Les thèmes changent selon les pièces : des pins majestueux symbolisant la longévité dans les salles d’audience, des tigres et léopards dans la salle des gardes pour intimider les visiteurs, des oies sauvages et fleurs dans les appartements plus intimes.

Les peintures originales ont été déplacées dans un musée de conservation sur le site (pour les protéger), et remplacées par des reproductions fidèles. Mais l’effet reste saisissant : ces fonds dorés qui captent la lumière des bougies devaient être spectaculaires à l’époque.

Les planchers rossignol : un système d’alarme médiéval

C’est peut-être l’élément le plus fascinant du Nijo Castle. Les couloirs du palais Ninomaru sont équipés de planchers rossignol (uguisubari) : des lames de bois qui émettent un grincement musical quand on marche dessus. Ce n’est pas un défaut de construction — c’est un système de sécurité délibéré.

Le mécanisme est ingénieux : sous les planches, des clous métalliques frottent contre des agrafes lorsqu’on exerce une pression. Le son produit ressemble au chant du uguisu (le rossignol japonais), d’où le nom poétique. Mais la fonction n’avait rien de poétique : il était impossible pour un intrus de traverser ces couloirs sans être détecté, même en marchant pieds nus.

En visitant, tu les entendras clairement. Chaque pas produit un petit couinement mélodique. C’est à la fois charmant et un peu inquiétant quand tu imagines la paranoïa du shogun qui a fait installer ce dispositif.

Bâtiment du château de Nijō depuis les jardins
Le palais Ninomaru vu depuis les jardins. L’architecture est sobre à l’extérieur, mais l’intérieur est d’une richesse incroyable.

Les jardins du château de Nijō

Le complexe abrite trois jardins distincts, chacun avec son style et son époque :

Le jardin Ninomaru

Conçu par le célèbre paysagiste Kobori Enshū au début du XVIIe siècle, c’est un jardin de promenade (chisen kaiyū-shiki) autour d’un étang central. Des rochers soigneusement disposés, des pins taillés et des ponts de pierre créent une composition harmonieuse visible depuis les vérandas du palais. Le jardin était conçu pour être admiré en marchant autour, mais aussi depuis l’intérieur du palais — chaque fenêtre offrant un « tableau » différent.

Étang et jardin du château de Nijō
L’étang du jardin Ninomaru. Kobori Enshū a pensé chaque pierre, chaque arbre comme un élément d’un tableau vivant.

Le jardin Seiryū-en

Plus récent (1965), ce jardin a été aménagé avec plus de 1 000 pierres et 300 cerisiers et pins. Il sert aussi de lieu de réception pour des cérémonies officielles. Au printemps, pendant la saison des cerisiers en fleurs, c’est un des spots les plus beaux de Kyoto pour le hanami.

Jardin paysager au château de Nijō
Un des jardins paysagers du château. La sérénité qui se dégage contraste avec le poids de l’histoire politique du lieu.

Le portail Karamon : l’entrée monumentale

Avant même d’entrer dans le palais, le portail Karamon te met dans l’ambiance. Cette porte d’apparat richement sculptée est décorée de grues, pivoines, papillons et dragons — tous des symboles de pouvoir et de longévité. Les dorures et la finesse des détails sont stupéfiantes. C’est le genre de porte qui te fait comprendre que tu n’entres pas dans un bâtiment ordinaire.

Infos pratiques pour visiter le château de Nijō

Accès

  • Métro : station Nijō-jō-mae (ligne Tōzai), sortie directe sur le château
  • Bus : lignes 9, 50, 101 depuis la gare de Kyoto, arrêt Nijō-jō-mae
  • À pied : 15 minutes depuis le centre-ville de Kyoto

Horaires et tarifs (2025)

  • Ouverture : 8h45 – 17h (dernière entrée 16h), fermé certains mardis et fin décembre/début janvier
  • Tarif : 800 ¥ adulte (~5 €) pour l’enceinte, 1 300 ¥ (~8 €) avec le palais Ninomaru
  • Durée de visite : 1h30 à 2h
  • Audioguide : disponible en français (500 ¥)

Conseils

  • Les photos sont interdites à l’intérieur du palais Ninomaru — profites-en pour observer les détails
  • Prévois des chaussettes propres : tu devras enlever tes chaussures pour entrer dans le palais
  • Le château est particulièrement beau au printemps (cerisiers) et en automne (feuillages)
  • Combine avec une visite du Nanzen-ji ou du Ginkaku-ji dans la même journée

Résumé

Le château de Nijō n’est pas un château au sens médiéval européen — pas de donjons ni de meurtrières. C’est un palais politique, un lieu de pouvoir raffiné où chaque détail architectural servait à affirmer la domination des Tokugawa. Entre les planchers rossignol qui chantent sous tes pas, les peintures dorées de l’école Kanō et les jardins dessinés par Kobori Enshū, c’est une plongée fascinante dans le Japon féodal. Un incontournable de Kyoto.

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