Carnet de bord, juin 2025 : Parcourir le Japon, c’est aussi prendre le temps de comprendre l’histoire du pays. En m’arrêtant à Hiroshima, j’ai voulu visiter un lieu essentiel de mémoire : le musée de la paix. Situé au cœur du Parc du Mémorial de la Paix, cet espace bouleversant retrace les événements du 6 août 1945 et les conséquences humaines, sociales et environnementales de la bombe atomique. C’est une visite qui marque profondément — et qui est indispensable pour comprendre le Japon d’aujourd’hui.
Le contexte historique : le 6 août 1945
Le 6 août 1945 à 8h15 du matin, le bombardier américain B-29 Enola Gay largue la première bombe atomique utilisée en temps de guerre — surnommée « Little Boy » — sur la ville d’Hiroshima. L’explosion, d’une puissance équivalente à 15 000 tonnes de TNT, détruit instantanément tout dans un rayon de 2 kilomètres autour de l’épicentre.
Les chiffres sont glaçants : 80 000 personnes meurent sur le coup. À la fin de l’année 1945, le bilan atteint 140 000 morts, des suites des brûlures, des radiations et des maladies. La ville est rasée à 90 %. Trois jours plus tard, une seconde bombe est larguée sur Nagasaki. Le Japon capitule le 15 août.

Le musée : un parcours entre histoire et émotion
Le musée de la paix d’Hiroshima (Hiroshima Heiwa Kinen Shiryōkan) a été inauguré en 1955 et entièrement rénové en 2019. Le parcours est chronologique et pédagogique, mais aussi profondément émotionnel. Il se déroule sur deux bâtiments :
Le bâtiment principal : les faits et les objets
Le musée présente une documentation précise et riche sur le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale, le développement du projet Manhattan, le bombardement lui-même et ses effets à court et long terme. C’est un parcours pédagogique mais aussi viscéral.
Les vitrines exposent des objets retrouvés dans les décombres : vêtements d’enfants calcinés, montres arrêtées à 8h15, bouteilles déformées par la chaleur extrême (estimée à 3 000-4 000°C au sol près de l’épicentre), tuiles fondues, fragments de murs portant les « ombres » des personnes désintégrées. Des détails matériels qui rendent le drame d’autant plus tangible.

Les témoignages des hibakusha
Les hibakusha (被爆者) — les survivants de la bombe — ont longtemps été les gardiens de cette mémoire. Le musée recueille leurs témoignages sous forme de textes, d’enregistrements audio et vidéo. Certains hibakusha viennent encore régulièrement au musée pour témoigner en personne.
Ces récits sont d’une puissance rare. Ils racontent la vie avant la bombe, l’instant de l’explosion, les jours et les semaines qui ont suivi — la recherche de proches dans les ruines, les hôpitaux de fortune, les effets des radiations sur les corps. En 2025, les hibakusha encore en vie ont plus de 80 ans. Leur témoignage est plus précieux que jamais.
Le dôme de Genbaku
Le célèbre dôme de Genbaku (Genbaku Dōmu), aussi appelé le « dôme de la bombe A », se trouve à l’entrée du Parc du Mémorial. C’est le seul bâtiment proche de l’épicentre ayant partiellement résisté à l’explosion. Avant la guerre, c’était le Palais d’exposition industrielle de la préfecture d’Hiroshima.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996, le dôme est conservé en l’état — squelettique, avec sa structure métallique à nu. Il est interdit d’y entrer, mais il est visible de l’extérieur, de jour comme de nuit (il est éclairé après le coucher du soleil). C’est un symbole universel des conséquences de l’arme nucléaire.
Le Parc du Mémorial de la Paix
Le musée est situé dans le Parc du Mémorial de la Paix (Heiwa Kinen Kōen), un espace vert de 12 hectares conçu par l’architecte Kenzō Tange. On y trouve :
- Le cénotaphe : un monument en forme d’arche qui contient les noms de toutes les victimes de la bombe. On peut apercevoir le dôme de Genbaku à travers l’arche — un alignement volontaire.
- La flamme de la paix : allumée en 1964, elle brûlera tant que des armes nucléaires existeront sur Terre.
- Le monument des enfants : dédié à Sadako Sasaki, une fillette qui a développé une leucémie à cause des radiations et qui pliait des grues en origami en espérant guérir. Il est couvert de guirlandes de mille grues en papier envoyées par des écoliers du monde entier.
- La cloche de la paix : que tout visiteur peut faire sonner.
Un espace pour la paix et le désarmement
Au-delà de la tragédie, le musée se veut porteur d’un message de paix et de désarmement nucléaire. La dernière salle du parcours est dédiée à l’état actuel des arsenaux nucléaires dans le monde, aux traités de non-prolifération et aux mouvements citoyens pour l’abolition de l’arme atomique. C’est un appel à la réflexion collective et personnelle.
Hiroshima a fait de la paix son identité. La ville se définit comme une « Ville de la Paix » et son maire envoie une lettre de protestation à chaque essai nucléaire dans le monde. Le musée est le cœur de cet engagement.
Infos pratiques pour visiter le musée de la paix
Accès
- Tramway : arrêt Genbaku Dome-mae (lignes 2 ou 6 depuis la gare d’Hiroshima), puis 5 minutes à pied
- À pied : 20 minutes depuis la gare d’Hiroshima
- Depuis Osaka/Kyoto : Shinkansen jusqu’à Hiroshima (~1h30 depuis Osaka, couvert par le JR Pass), puis tramway
Horaires et tarifs
- Horaires : 8h30 – 18h (jusqu’à 19h en août), fermé le 30 et 31 décembre
- Tarif : 200 ¥ adultes (~1,20 €), 100 ¥ lycéens, gratuit pour les moins de 15 ans
- Durée de visite : 1h30 à 2h pour le musée, ajouter 30-45 min pour le parc
- Audioguide : disponible en français (gratuit avec l’application du musée)
Conseils
- Viens tôt le matin (8h30) pour éviter les groupes scolaires et les files d’attente
- Prévois un moment calme après la visite — le parc est idéal pour digérer ce que tu viens de voir
- Visite le dôme de nuit aussi — éclairé, il est encore plus saisissant
- Combine avec une visite de l’île de Miyajima (30 min en ferry depuis Hiroshima)
Mon avis
Cette visite a été pour moi l’une des plus bouleversantes du voyage. Le musée de la paix d’Hiroshima n’est pas un lieu touristique comme les autres. Il impose le silence, la pudeur, et invite à une mémoire active. Les objets, les témoignages, les photos — tout est présenté avec dignité et sans sensationnalisme. C’est une étape indispensable pour comprendre le Japon d’aujourd’hui et pour réfléchir à ce que l’humanité est capable de faire — et de ne plus jamais faire.
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