Carnet de bord du 1er juillet 2025 : Aujourd’hui, je me suis aventuré dans le quartier est de Kyoto pour découvrir l’un des temples les plus impressionnants de l’ancienne capitale : le Nanzen-ji (南禅寺). Un temple zen majestueux, niché au pied des collines Higashiyama, où l’on croise aussi bien des jardins de pierres que… un aqueduc en briques rouges digne d’un décor européen. Bienvenue dans l’un des lieux les plus surprenants de Kyoto.

L’histoire du Nanzen-ji : temple fondateur du zen Rinzai
Le Nanzen-ji a été fondé en 1291, sous le règne de l’empereur Kameyama. À l’origine, le site servait de villa impériale de retraite. Quand l’empereur abdique et embrasse le bouddhisme zen, il convertit sa résidence en temple. Très vite, le Nanzen-ji prend une importance considérable : il devient le temple principal de l’école Rinzai, la branche du bouddhisme zen la plus influente au Japon.
Dans la hiérarchie des « Cinq Grands Temples de Kyoto » (Kyoto Gozan), le temple Nanzenji est même classé au-dessus du système — c’est-à-dire qu’il surpasse tous les autres en prestige. C’est dire l’importance spirituelle de ce lieu. Détruit à plusieurs reprises par des incendies et les guerres civiles, il a été reconstruit au début de l’époque Edo (XVIIᵉ siècle) et conserve aujourd’hui une grandeur qui force le respect.
La porte Sanmon : une vue panoramique sur Kyoto
En arrivant au Nanzen-ji, la première chose qui frappe, c’est la monumentale porte Sanmon. Haute de 22 mètres, cette porte à deux étages est l’une des trois plus grandes portes de temple du Japon. Elle a été reconstruite en 1628 par le seigneur Tōdō Takatora, en hommage aux soldats tombés lors du siège du château d’Osaka.
La porte Sanmon de Kyoto est aussi célèbre dans la culture populaire : dans la pièce de kabuki Sanmon Gosan no Kiri, le célèbre bandit Ishikawa Goemon grimpe au sommet de la porte et prononce la phrase légendaire « Zekkei ka na, zekkei ka na » — « Quelle vue magnifique ! ». En montant au deuxième étage (moyennant un petit supplément), tu comprends vite pourquoi : la vue panoramique sur Kyoto et les montagnes environnantes est à couper le souffle. Les toits du temple en contrebas, la végétation dense, la ville qui s’étend au loin… Un moment suspendu.

L’aqueduc en briques rouges : l’insolite du Nanzen-ji
Et puis il y a ça. Juste derrière les bâtiments principaux, un immense aqueduc en briques rouges traverse le domaine du temple. Le contraste est saisissant : on passe des pavillons en bois sombre et des jardins zen à une structure qui pourrait sortir tout droit de la campagne romaine.
Cet aqueduc du Nanzen-ji fait partie du canal du lac Biwa (Biwako Sosui), un projet d’infrastructure majeur de l’ère Meiji (fin du XIXᵉ siècle). L’idée était de relier le lac Biwa, le plus grand lac du Japon, à la ville de Kyoto pour alimenter la capitale en eau potable, irriguer les cultures, produire de l’électricité et permettre le transport par bateau. Le canal, achevé en 1890, est un exploit d’ingénierie pour l’époque — et l’aqueduc qui traverse le Nanzen-ji en est le tronçon le plus photogénique.
L’eau coule encore aujourd’hui dans les arches de brique. On peut se promener sous les voûtes, s’asseoir sur les marches et profiter du calme absolu. C’est l’un des spots les plus photographiés de Kyoto, et je comprends pourquoi : le mélange entre patrimoine bouddhiste et architecture industrielle occidentale crée une atmosphère unique, presque surréaliste.

Les sous-temples du Nanzen-ji : Tenju-an, Nanzen-in et Konchi-in
Le complexe du Nanzen-ji abrite une douzaine de sous-temples (tatchū), dont trois méritent vraiment le détour :
- Tenju-an : un petit bijou avec deux jardins — un jardin sec de gravier blanc et un jardin de mousse traversé par un sentier de pierres. En automne, les érables rouges qui entourent l’étang sont absolument magnifiques.
- Nanzen-in : situé derrière l’aqueduc, ce jardin de promenade avec son étang central est le plus ancien du complexe. C’est ici que se trouvait la villa de l’empereur Kameyama avant la fondation du temple.
- Konchi-in : célèbre pour son jardin « de la grue et de la tortue » (tsurukame no niwa), attribué au maître paysagiste Kobori Enshū. Un chef-d’œuvre de l’art des jardins zen japonais.
Chaque sous-temple a son propre tarif d’entrée (300-500¥), mais franchement, si tu as le temps, visite-les tous. Le calme y est encore plus profond que dans le temple principal, et la foule quasi inexistante.
Du Nanzen-ji au chemin de la Philosophie
Ce que j’adore avec le Nanzen-ji, c’est sa position géographique. Le temple se situe à l’extrémité sud du célèbre chemin de la Philosophie (Tetsugaku no Michi), un sentier pédestre de deux kilomètres bordé de cerisiers qui longe un petit canal jusqu’au Ginkaku-ji (le Pavillon d’Argent).
Le chemin de la Philosophie de Kyoto tient son nom du philosophe Nishida Kitarō, qui empruntait ce sentier chaque jour pour méditer. Au printemps, les cerisiers en fleurs créent un tunnel rosé au-dessus du canal. En été, c’est un couloir de verdure ombragé, parfait pour échapper à la chaleur. En automne, les érables prennent le relais avec des teintes de feu.
Mon conseil : commence ta journée par le Ginkaku-ji au nord, descends le chemin de la Philosophie en flânant, et termine par le temple Nanzenji et ses jardins. C’est un itinéraire de rêve pour une demi-journée à Kyoto.
Infos pratiques pour visiter le Nanzen-ji
- Nom officiel : Nanzen-ji (南禅寺), Kyoto
- Accès : 10 minutes à pied depuis la station Keage (ligne Tozai du métro de Kyoto)
- Horaires : 8h40 – 17h00 (décembre-février : jusqu’à 16h30)
- Tarifs : Enceinte gratuite / Porte Sanmon : 600¥ / Hōjō (jardin principal) : 600¥ / Sous-temples : 300-500¥
- Durée de visite : 1h30 à 2h (avec les sous-temples)
- Meilleure période : automne (mi-novembre) pour les érables rouges
En résumé
Le Nanzen-ji est l’un de ces temples qui marquent durablement. Par sa grandeur historique, par l’improbable beauté de son aqueduc en briques, par la sérénité de ses jardins zen… C’est un lieu qui résume à lui seul la richesse de Kyoto : un pied dans la tradition, un pied dans la modernité. Si tu passes par l’ancienne capitale, n’hésite pas — c’est un incontournable, et le point de départ parfait pour le chemin de la Philosophie.
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