Carnet de bord, mai 2025 : Ce matin, j’ai eu la chance de découvrir un lieu aussi impressionnant que méconnu : le Metropolitan Area Outer Underground Discharge Channel, aussi surnommé la « cathédrale souterraine » du Japon. Situé à Kasukabe, au nord de Tokyo, cet immense complexe souterrain a été conçu pour lutter contre les inondations dans la région métropolitaine. Et croyez-moi, le lieu est à la hauteur de sa réputation — c’est l’une des visites les plus marquantes de mon séjour au Japon.
Le G-Cans : le plus grand système de drainage au monde
Construit entre 1992 et 2006, le G-Cans (comme l’appellent les Japonais) est le plus grand système souterrain de drainage au monde. Son nom officiel est le « Metropolitan Area Outer Underground Discharge Channel » — un nom aussi long que l’ouvrage lui-même.
Les chiffres donnent le vertige :
- 5 silos verticaux de 65 mètres de profondeur et 32 mètres de diamètre — chacun assez grand pour contenir une navette spatiale
- Un tunnel de 6,3 km de long et 10 mètres de diamètre reliant les silos entre eux
- Une salle de régulation (le « temple souterrain ») de 177 m de long, 78 m de large et 18 m de hauteur
- 59 piliers de béton de 500 tonnes chacun soutiennent le plafond
- 4 turbines capables de pomper 200 tonnes d’eau par seconde
L’objectif : détourner l’excès d’eau des rivières Nakagawa, Ōotoshifurutonegawa, Kuramatsu et d’autres cours d’eau durant les typhons et fortes pluies, et le rediriger vers le fleuve Edo. Depuis sa mise en service, le G-Cans a réduit les inondations dans la région de 90 %.
La salle de régulation : un temple de béton
Dès qu’on descend sous terre, on est frappé par la grandeur du lieu. C’est la fameuse « cathédrale souterraine » : une salle immense soutenue par d’immenses colonnes cylindriques qui donnent au site une allure de temple antique ou de décor de science-fiction. On s’attendrait presque à voir surgir un robot géant ou un vaisseau spatial.

Le silence, l’humidité, les jeux de lumière : tout participe à l’atmosphère unique du lieu. Les colonnes se reflètent dans les flaques d’eau résiduelle au sol, créant un effet miroir presque irréel. C’est à la fois industriel et étrangement beau — on comprend pourquoi le lieu est devenu populaire auprès des photographes et des cinéastes.

Pourquoi ce système existe-t-il ?
La région métropolitaine de Tokyo est particulièrement vulnérable aux inondations. Plusieurs facteurs expliquent cette vulnérabilité :
- La géographie : la plaine du Kantō est basse et traversée par de nombreuses rivières qui convergent vers la baie de Tokyo
- Les typhons : le Japon est frappé par 20 à 30 typhons par an, avec des précipitations torrentielles
- L’urbanisation : le bétonnage massif empêche l’absorption naturelle de l’eau par le sol
- Le changement climatique : les précipitations extrêmes sont en augmentation au Japon
Avant la construction du G-Cans, les quartiers nord de la métropole de Tokyo étaient régulièrement inondés. L’ouvrage a coûté 230 milliards de yens (environ 1,5 milliard d’euros) et 14 ans de travaux — un investissement colossal, mais qui protège aujourd’hui des millions de personnes.
La visite guidée
La visite est guidée en japonais, avec des brochures en anglais disponibles à l’accueil et un audioguide téléchargeable. Elle dure environ 1 heure et comprend :
- Une présentation vidéo du fonctionnement du système (15 min)
- La descente dans la salle de régulation par un escalier métallique (116 marches)
- La visite libre de la salle pendant environ 30 minutes — le temps de photographier, d’admirer et de réaliser l’échelle de l’ouvrage
- La remontée et un passage par l’espace d’exposition
Plusieurs types de visites sont proposés, du parcours basique (1 000 ¥) au parcours « exploration » qui inclut l’accès aux silos (3 000 ¥). Je recommande au minimum le parcours standard, qui donne accès à la salle de régulation — c’est le clou du spectacle.
Un lieu prisé par le cinéma et la culture pop
Le G-Cans est devenu un lieu de tournage prisé. On peut le voir dans des films, des séries et des publicités. Le design brutaliste de la salle de régulation, avec ses colonnes massives et son atmosphère post-apocalyptique, a inspiré des décors de jeux vidéo et de mangas. C’est un des rares ouvrages d’ingénierie civile qui a acquis un statut quasi-culturel.
Infos pratiques
Accès
- Train : gare de Minami-Sakurai (ligne Tobu Urban Park / Tobu Noda), puis 25 minutes à pied ou 7 minutes en taxi
- Depuis Tokyo (Asakusa) : environ 1h en Tobu Skytree Line + Tobu Urban Park Line
- En voiture : parking gratuit sur place
Réservation et tarifs
- Réservation : obligatoire en ligne sur le site officiel
- Parcours standard : 1 000 ¥ (~6 €)
- Parcours exploration : 3 000 ¥ (~18 €)
- Langue : visite guidée en japonais, brochures en anglais, audioguide téléchargeable
- Horaires : créneaux fixes (généralement 10h, 13h, 15h30 — varie selon les jours)
Conseils
- Réserve à l’avance : les créneaux partent vite, surtout le week-end et pendant les vacances scolaires
- Porte des chaussures fermées : le sol de la salle est humide et parfois glissant
- Prévois un pull : il fait frais sous terre (~18°C), même en été
- La visite est annulée en cas de pluie forte : le système peut être activé à tout moment, et la salle se remplit d’eau en quelques heures
- Les photos sont autorisées et encouragées — un trépied est utile pour les longues poses dans l’obscurité
Mon avis
Que tu sois passionné par les ouvrages d’ingénierie, fan de science-fiction ou simple curieux, la cathédrale souterraine de Tokyo vaut le détour. C’est une plongée dans un monde souterrain hors du commun, au service de la protection de millions de personnes. L’échelle de l’ouvrage est vertigineuse, l’atmosphère est unique, et on en ressort avec un respect immense pour l’ingénierie japonaise. C’est le genre de visite dont on parle encore des semaines après.
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